Achats CAPEX : la partie la plus dure des achats… (tu joues contre le temps)

Capsule Achats - 🎙️Podcast

Léo-Paul Crova : « En achats CAPEX Arrêts d'unités, la différence se joue sur le pilotage du risque… et la tenue des jalons. »

Un boulon oublié peut coûter des MILLIONS

On parle souvent d’achats “au quotidien” : contrats récurrents, panels fournisseurs, optimisations progressives. L’épisode avec Léo-Paul Crova t’emmène ailleurs : dans l’univers CAPEX et, surtout, des arrêts industriels — ces périodes où une usine s’arrête volontairement (ou par obligation) pour réparer, contrôler, remplacer, sécuriser. Là, l’achat n’est plus un sujet de prix : c’est un sujet de temps, de sécurité et de continuité de production.

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Un parcours qui “fabrique” un profil projet

Léo-Paul raconte une bascule de carrière intéressante : il visait la finance de marché, puis s’oriente vers les achats en école de commerce, avant de renforcer son profil avec un second master. Il démarre sur une expérience supply chain “from scratch” (restauration), puis se spécialise quasi exclusivement en achats projets CAPEX, en grande partie via des missions de consulting (Equans/Axima, Eiffage, Arkema, Adisseo).

Lecture métier : en CAPEX, tu achètes des “lots” techniques, des prestations d’ingénierie, des équipements, des travaux, des interventions critiques. Ton rôle devient celui d’un chef d’orchestre : arbitrage, jalons, interfaces, risques.


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L’arrêt industriel : “un boulon peut coûter un jour de prod”

Le moment le plus parlant de l’épisode, c’est quand Léo-Paul décrit le poids opérationnel d’un arrêt : mobiliser des prestataires sur une fenêtre courte, coordonner des séquences qui ne peuvent pas se faire en parallèle, gérer l’aléa… tout en sachant qu’une pièce manquante peut faire perdre une journée entière.

Extrait court : « Même un boulon, une vanne qui manque… c’est un jour de production qui part à la poubelle. »

Il précise aussi l’ordre de grandeur : 2 à 8 semaines d’arrêt, des budgets qui peuvent démarrer à plusieurs millions, et des centaines de personnes concentrées sur site.

Complément achats : sur un arrêt, tu n’optimises pas seulement un prix. Tu optimises un coût total : coûts d’arrêt, coûts d’urgence, pénalités internes, et surtout le “coût d’un jour perdu”. C’est souvent là que les organisations changent de réflexe : mieux vaut payer un peu plus pour sécuriser un jalon que “gratter” et perdre 24h.


Le “chemin critique” : la réalité du planning, pas la théorie

Léo-Paul met un mot très concret sur la réalité terrain : le chemin critique, ce qui doit être fait séquentiellement (vannes, compresseurs, réacteurs, etc.).
Il oppose ça à des prestations comme le nettoyage industriel, qu’il décrit comme très coûteux et très dangereux : en co-activité, on ne peut pas tout superposer, la sécurité impose des fenêtres dédiées.

Complément achats : c’est exactement là que l’acheteur CAPEX doit être “suffisamment technique”. Pas pour se substituer aux ingénieurs, mais pour comprendre :

  • ce qui est critique vs non critique,

  • ce qui est jalonné vs rattrapable,

  • ce qui est risqué vs industrializable.


Contrat-cadre long terme ou appel d’offres : deux écoles… et une vérité

Sur la stratégie achats, il explique qu’il y a deux logiques :

  • le contrat-cadre long terme (typique sur les gros arrêts, où tu ne peux pas te permettre d’introduire de la variance),

  • et l’appel d’offres / introduction de nouveaux prestataires plutôt sur des “petits” arrêts, pour tester et garder de la tension concurrentielle.

Il ajoute un point souvent sous-estimé : la concurrence sur les ressources. Certains donneurs d’ordres captent une partie massive de la capacité prestataire sur plusieurs années, ce qui rigidifie le marché.

Complément achats : en CAPEX, la rareté n’est pas que le prix : c’est la capacité (équipes qualifiées, habilitations, disponibilité) et la fiabilité. D’où l’intérêt d’une stratégie “mixte” :

  • sécuriser la capacité sur les lots critiques (cadre + SLA + pénalités + planification),

  • garder une zone de test sur des lots moins critiques pour éviter la dépendance.


L’inertie fournisseur : quand “l’habitude” coûte cher

Autre passage marquant : l’inertie des sites — rester avec les mêmes prestataires “par simplicité” — peut ouvrir la porte à la surfacturation, en particulier sur des postes difficiles à contrôler comme l’échafaudage et le calorifuge. Léo-Paul donne un exemple de “double comptage” possible (deux échafaudages chiffrés là où un seul suffit).

Complément achats : c’est un classique des achats de travaux : la bataille se gagne souvent sur le métré, le bordereau, les hypothèses, et le contrôle terrain. Les leviers concrets :

  • standardiser les unités de mesure et les règles de chiffrage,

  • imposer des relevés contradictoires,

  • mettre en place une “vérification intelligente” (échantillonnage ciblé sur les postes à dérive),

  • capitaliser les retours d’expérience d’arrêt en arrêt.


L’urgence et les “travaux supplémentaires” : l’achat sous pression

Pendant un arrêt, tu découvres l’imprévu : travaux supplémentaires vs travaux complémentaires. Il illustre la réalité : une vanne rare à remplacer, un fournisseur qui accepte… mais en décalant son planning et en facturant plus cher, et l’acheteur doit arbitrer avec le technique : “est-ce qu’on le fait maintenant ?”
Il raconte aussi la chasse aux pièces obsolètes : retrouver un écran de contrôle ancien et le faire venir en express, parce que la ligne ne peut pas redémarrer sans lui.

Complément achats : c’est le moment où la préparation fait la différence. Les organisations matures prévoient :

  • une liste de pièces “à risque” (obsolescence),

  • un plan de rechange (équivalences, reconditionné, rétrofit),

  • une cellule décisionnelle rapide (technique + achats + finance),

  • et des clauses d’urgence cadrées (taux, majorations, disponibilité).


Consultant vs interne : accéder vite… mais convaincre est plus dur

Léo-Paul est très transparent sur le consulting : c’est une porte d’entrée pour accéder à certains postes, mais la limite, c’est la crédibilité “long terme” et la difficulté à faire passer des recommandations structurelles quand tu es vu comme du court terme.

Lecture journaliste : au fond, l’épisode montre une tension : les entreprises veulent de la valeur immédiatement, mais hésitent à confier l’autorité complète à ceux qui ne restent pas.


Deux conseils “terrain” qui résument l’épisode

  1. Ne pas avoir peur de poser des questions techniques : comprendre ce qu’on achète, pour gagner en crédibilité interne et en marge de manœuvre face aux fournisseurs.

  2. Afterwork = temps professionnel : rester sobre, garder la frontière claire.


Conclusion

Cette Capsule Achats est précieuse parce qu’elle montre un métier d’acheteur qu’on voit rarement : l’acheteur CAPEX / arrêts, celui qui travaille avec des contraintes fortes (réglementaires, sécurité, planning), et dont la valeur se mesure en jours de production sauvés autant qu’en euros négociés.

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